« Quand la mer monte » mais aussi, ensuite « quand elle descend » … c’était en 1968 !

« Quand la mer monte » mais aussi, ensuite « quand elle descend » … c’était en 1968 !

Cinquante-quatre ans plus tard la chanson de Jean Claude Darnal popularisée par Raoul de Godewarsvelde fait sourire : l’oscillation pendulaire rassurante des marées s’est effacée derrière d’autres mouvements plus imprévisibles, plus inquiétants : submersions marines, érosions littorales, élévation du niveau des mers, inondations continentales, transgressions, salinisations… Autant de phénomènes inconnus ou très flous pour beaucoup d’entre nous, et derrière ces mots des risques matériels ou humains, que nous avons mieux compris grâce aux trois intervenants bien soutenus par des diaporamas. Impossible de les résumer, encore plus impossible de résumer le débat avec le public qui a suivi, et s’est poursuivi pendant le pot de clôture. Quelques éléments marquants :

Le poids des mots : faut-il parler de « changement climatique » ? de « réchauffement climatique » ? de « dérèglement climatique » ? le terme choisi au départ « colore » cet événement planétaire inédit, le banalise ou le dramatise et donc oriente le débat et la compréhension.

Des populations coincées entre deux eaux : les 500000 habitants du triangle Calais – St Omer – Bray-Dunes peuvent être menacés par l’eau de mer (submersion lors de tempêtes..) mais aussi par des inondations d’eau douce (pluie, cours d’eau) dans le marais de St Omer et dans la plaine maritime, du fait des pentes très faibles ou nulles et de l’altitude inférieure au niveau de la mer : avec l’élévation de celui-ci l’évacuation de l’eau douce à marée basse sera plus courte, plus difficile, le recours au pompage (15 à 20% des eaux évacuées actuellement) sera plus fréquent.

Les attitudes des habitants sont très variées face au même risque : à Wissant face à l’érosion marine qui fait reculer les dunes les habitants n’ont pas la même approche s’il s’agit d’une résidence secondaire ou principale, dans les dunes ou sur le coteau, si ils sont retraités ou actifs. Mais ils étaient tous d’accord pour renforcer la protection de la digue-promenade (enrochement, épis). A Oye Plage le lotissement « les Escardines », construit au début des années 1970, et déjà sous le niveau des plus hautes mers, est protégé par un mince cordon dunaire en érosion. Mais chaque maison en vente y trouve rapidement acquéreur. La ruée vers les littoraux, phénomène mondial, notamment pour des raisons touristiques, ne semble pas freinée par l’élévation du niveau des mers. Depuis 2017 le projet de recherche « COSACO » mené par des géographes, cartographes et sociologues de l’Université du Littoral Côte d’Opale (ULCO) analyse les relations des habitants de ces deux communes à leurs milieux : vulnérabilité et modalités d’actions face aux risques littoraux dans un contexte de changements climatiques. Ce projet participatif implique à chaque étape la population et les acteurs locaux. (voir références dans la bibliographie). Au delà des zones littorales, les opinions publiques, les cultures nationales et les rapports (y compris affectifs) au littoral sont très différentes dans chaque pays, y compris pour un même type de côte (exemple : côte à cordon dunaire en France, Belgique, Pays-Bas).

Submersions marines à Malo les Bains en 2007 et 2009

Quelles solutions face aux risques de submersions ? les techniques ne manquent pas, et ne se résument pas aux deux attitudes extrêmes : se protéger à tout prix, par des épis, des enrochements, des digues toujours plus hautes ou s’adapter, faire la « part du feu », en l’occurrence « de la mer » (exemple : maisons sur pilotis..). Sachant qu’on ne peut pas protéger tout tout le temps, beaucoup de techniques mixtes existent, des compromis locaux ou régionaux sont nécessaires entre les risques les plus probables, l’acceptabilité par les populations concernées et les coûts financiers des différentes solutions.

L’exposition du PNR : 14 panneaux, du réchauffement planétaire au marais audomarois

Une multitude d’acteurs, mais qui décide in fine ? la question est apparue pour la défense du littoral mais surtout pour la gestion de l’espace des wateringues. A l’origine, au Moyen Age, des agriculteurs gèrent chacun leur secteur pour se protéger des invasions marines, évacuer l’eau douce et gagner des champs sur les terres asséchées (polders).

Aujourd’hui 11 sections de wateringues (associations forcées de propriétaires) entretiennent les fossés, les canaux autour de leurs casiers et les stations de pompage. Les Voies Navigables (VNF) entretiennent les grands canaux, l’Institution intercommunale des wateringues (IIW) coordonne l’ensemble, notamment en période de crise.

Mais la plaine maritime n’est plus seulement agricole, d’autres activités se sont installées : deux grands ports, des industries, une centrale nucléaire, des activités commerciales, de loisirs, administratives, etc et l’habitat qui les accompagne. Les besoins en eau ont augmenté, notamment en eau potable. Plus d’une dizaine d’acteurs interviennent parmi eux l’Etat (responsable de la sécurité, notamment des Plans de protection des risques littoraux PPRL), les collectivités territoriales, des syndicats intercommunaux, l’Agence de l’eau Artois Picardie, les Ports maritimes, les Chambres d’agriculture, le Conservatoire du littoral, le Parc naturel régional, les Voies navigables de France, des associations d’usagers (pêcheurs, chasseurs.., ), de riverains, de propriétaires et de défense de l’environnement, etc.. Autant de compétences techniques et administratives, d’intérêts, de priorités, de points de vue qui peuvent être divergents, notamment dans les usages de l’eau. Mais depuis 2014 et l’attribution des compétences de gestion des milieux aquatiques et de prévention des inondations à l’IWW il semble que l’intégration de la gestion des eaux dans les plans d’aménagement (schémas régionaux, SCOT, PLU etc) pourrait être plus facile.

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jdescamps

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